EN
Prendre un RDV
audio logo

Code vs Nocode

Il paraît que les vacances, ça aide à faire le point, à prendre du recul sur les choses !

De mon côté, j’ai profité de ces quelques jours pour rédiger une tribune dans l’idée de partager une idée simple : à l’heure où le Nocode explose partout, et alors que malgré tous les efforts depuis des années, nous n’avons toujours que 0,3% de la population mondiale qui sait coder*, il serait temps de se poser la question et d’envisager que former tous les enfants depuis le CM1 au code n’est peut-être pas une si bonne idée que cela.

Cette tribune, qui, comme toutes les tribunes, est engagée et vise à partager un point de vue tranché, a suscité chez certains développeurs pur jus, une déferlante d’insultes après que Bluetouff a décrété de manière unilatérale qu’il s’agissait d’un brûlot anti-développeurs. Et d’une seule voix, comme souvent sur Twitter, les afficionados piqués à l’adrénaline de leur bulle de filtre se sont déchaînés contre le Nocode, démontrant le plus souvent leur totale méconnaissance du sujet. Heureusement, parmi son public, certains étaient ouverts au débat et à l'échange constructif. 

Visiblement, la maison Code doit brûler tellement fort, doit être tellement en danger par le manque de travail, que notre inquisiteur qui ne manque pas de menacer ses victimes si elles ne prennent pas le temps de l’appeler sur le champ par téléphone, s’est fendu d’un article caricatural sur le sujet.

Je vais donc essayer ici de rétablir un équilibre, que je laisserai à chacun le soin de partager et de commenter à sa guise.

1. Il n’y a pas de Nocode sans code 

Bien évidemment, opposer le code et le Nocode n’a absolument aucun sens. Nous aurons toujours besoin de plus de développeurs, leur avenir est assuré, et sans eux, nous n’aurions pas la chance de disposer aujourd’hui de tous ces formidables outils que nous pratiquons au quotidien. Je le redis donc ici : je n’ai jamais écrit qu’il ne serait plus la peine de coder. Bien loin de là mon idée. Il faudrait avoir totalement perdu la raison pour penser ça. Le débat qui est posé est simplement de savoir quelle est la meilleure pédagogie pour débuter dans le monde informatique. Quand on a réussi à éliminer quasiment la moitié de l’humanité du métier de développeur.euse (17% de femmes chez les devs seulement), je crois que l’on peut légitimement se poser des questions et essayer de trouver des réponses nouvelles, et si possible attractives et ludiques ! Scratch souvent cité est sans aucun doute un bon début.

2. Non, le Nocode ça n’est pas nouveau 

Depuis le premier jour de l’informatique, tous les ingénieurs du monde se sont acharnés à rendre cette discipline plus accessible. Ça a commencé avec Hypercard, Excel en 1984 (sur Mac pour ceux qui étaient déjà là) puis Access, et autre Wordpress en 2001. Tous ces outils qui ont fait l’histoire de notre métier sont-ils des outils Nocode ? À mon sens non, car il leur manquait deux choses fondamentales (voir le point suivant).

3. Le Nocode est une mode qui va passer

N’en déplaise à notre cher Bluetouff, le Nocode, ça n’est pas un buzzword comme tu le penses. Car contrairement aux outils cités précédemment, les outils Nocode d’aujourd’hui se sont construits sur deux révolutions récentes :

  • Le cloud, et avec lui l’accès simplifié aux données de l’entreprise mais aussi et surtout l’avènement des logiciels en SaaS
  • Les API, qui permettent à tout ce petit monde de communiquer de manière infiniment plus facile qu’avant

Sans le cloud et sans les API, le Nocode tel que nous le vivons aujourd’hui n’existerait pas.

4. Le Nocode ne serait qu’un générateur de code automatique

Ce qui m’a le plus surpris dans l’ensemble des échanges que j’ai eu avec les followers de Bluetouff, et qui est confirmé par son article, c’est la totale absence de connaissance sur le sujet du Nocode. Résumer le Nocode à un générateur de mauvais code, c’est passer à côté de 99% de ce qu’est le Nocode aujourd’hui. C’est passer à côté de Airtable, de Notion, de Coda, de Zapier, d’Integromat et j’en passe, tous ces outils qui nous rendent tant de services au quotidien et qui n’ont jamais prétendu générer du code.  

5. N’importe quelle DSI doit fuir le Nocode car ce sont des solutions propriétaires en SaaS

Alors là mes amis, je dois vous dire que cette affirmation assénée a dû faire plaisir à toutes les DSI qui ont acheté du Salesforce, du Sage ou encore du SAP en SaaS. Nous avons donc nos deux grands Satan : les solutions propriétaires et le SaaS, réunis dans le Nocode pour le pire. Bien évidemment il n’est fait mention nulle part des innombrables outils catastrophiques codés n’importe comment et qui conduisent à des impasses. Nous en avons récupéré quelques-uns chez Alegria.group. Comme s’il suffisait de faire de l’open source et d’être un dev pour que tout soit parfait ! Donc soyons clairs ici : il y a d’excellentes solutions propriétaires en SaaS, et d’autres qui sont très mauvaises. Comme partout. Et il existe d'exceptionnelles équipes de devs qui livrent des produits formidables, et d’autres qui sont catastrophiques. Et je ne vous parle même pas des solutions Nocode Open Source, qui visiblement n’intéressent même pas notre détracteur. Je pense par exemple à N8N sous licence fair-code et que beaucoup apprécient, ainsi qu’à NocoDB (alternative Airtable), Supabase (alternative à Firebase) ou Appsmith.

6. Ça ne doit pas se bousculer au portillon pour ce type de solution !

Là encore, soit notre ami vit dans une caverne depuis 2015, soit il ne lit que l'actualité tech qui l'intéresse. Je passe bien évidemment sur les 5 milliards de dollars (à minima) levés par les principaux outils Nocode en 2021. On me rétorquera que les investisseurs n’y connaissent rien et que ça ne fait pas une preuve de l’usage des outils. On passera donc aussi sur les quelques millions d’utilisateurs heureux d’Airtable, Webflow ou Bubble, qui eux aussi visiblement n’ont rien compris. On passera aussi sur l’explosion des demandes sur Malt, la création en 2021 de dizaines d’agences Nocode en France et partout dans le monde, sans parler des outils MadeinFrance tels que Weweb, Timetonic, Ksaar, UDo et tous les autres.

7. Oui, il y aura toujours plus de développeur·euses que de Pro Nocode Maker

Une fois que l’on a compris qu’à l’évidence l’objet de l’article n’était pas de prophétiser la disparition des devs, il est un fait qui ne peut être contredit : l’accès aux outils Nocode est bien plus simple que l’accès au code. C’est un peu comme apprendre à jouer de la guitare sans avoir à passer par le solfège. Aujourd’hui, puisqu’il n’existe encore que très peu de formations au Nocode (profitons-en pour saluer le travail d’Ottho, de Contournement, et quelques autres pionniers du sujet en France), et encore moins de formation professionnalisante (Alegria.academy et Uncode School sont les deux premières) le nombre de professionnels du Nocode n’est pas recensé. Avec environ 270.000 développeur·euses en France aujourd’hui, combien de temps faudra-t-il pour dépasser ce nombre sachant que l’on compte en mois pour former un maker Nocode professionnel et en années pour un·e dev ?

8.8. Est-on plus heureux en faisant du Code ou du Nocode ?

L’immense majorité des devs est heureuse, épanouie, et vit parfaitement avec son métier. Mais une fois encore, ça n’est pas le débat posé par cette tribune. Ce n'est pas moi non plus qui suis à l’origine du mythe du dev geek, renfermé sur lui-même qui vit sa passion la nuit et qui se désociabilise. Désolés, mais ces cas existent aussi, on en a tous rencontré. Et je n’ai aucun doute qu’il y en aura aussi du côté du Nocode tant un certain nombre d’entre nous est passionné par le sujet.

9. Non, le Nocode n’est pas une solution viable pour pallier au manque de devs

Dans la réponse argumentée de Bluetouff, le pire déni de réalité est sans doute dans cette incapacité à accepter qu’aujourd’hui, nous manquons tous cruellement de devs pour continuer à innover. Dans quel monde vit-il pour ne pas avoir rencontré d’innombrables créateurs d’entreprises à la recherche d’un cofondateur technique et/ou d’une équipe de devs pour lancer leur projet, convaincus que c’est le passage obligé pour se lancer. Pourquoi devrions-nous laisser 0,3% de la population mondiale décider à notre place des innovations qui méritent d’exister ou pas ? Pourquoi ne pas se réjouir de permettre à chacun, quelle que soit son activité, de pouvoir disposer de la liberté de se lancer grâce aux outils Nocode. On ne compte plus le nombre de startups créées aujourd’hui dans le monde grâce au Nocode, et c’est tant mieux ! Nous devrions tous nous en réjouir. 

10. Le Nocode n’est pas moins cher car il faudra obligatoirement passer par le Code plus tard

Si l’on devait suivre ce raisonnement pour toute chose dans le monde, on devrait toujours prendre un dessert après un bon plat ! Pourtant, il vous semble évident que dans bien des cas, un excellent plat sera suffisant à votre plaisir, et vous vous passerez sans difficulté du dessert. Et bien entre le code et le Nocode, c'est exactement pareil. Il n'y a aucun lien d'obligation entre l'un et l'autre. Parfois, vous préférez le plat au dessert, et parfois ça sera l'inverse.

Une fois de plus, la méconnaissance totale des cas d’usage du Nocode me laisse à penser qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour expliquer ce que nous faisons au quotidien. D’abord rappelons que même lorsqu’il arrive d’être obligé de passer du Nocode au code, tout le travail de design et de conception qui a été fait à l’origine sera totalement récupérable. Rappelons également que le temps gagné et l’argent économisé en commençant par le Nocode sont souvent des raisons tout à fait suffisantes pour s’y mettre, même lorsque l’on sait dès le départ qu’il faudra un jour passer au code. Enfin, tous les besoins logiciels des entreprises ne sont pas voués à accroître le volume de leurs utilisateurs de manière exponentielle. Il y a tant d’automatisations qui vivront très bien leur vie en Nocode. Sans parler des progrès des outils Nocode qui repoussent toujours plus loin les limites avant de passer au code.

11. Le Nocode, c’est juste pour faire des POC ! Éventuellement

S’il est vrai que le Nocode a acquis ses lettres de noblesse auprès de nombreuses startups qui se les sont appropriées en premier, le temps est révolu où l’on devait renoncer à tout autre projet qu’un MVP en Nocode. Chez Alegria.group, seulement 25% des projets réalisés en 2021 sont des POC/MVP. L’essentiel de nos clients sont des PME ou des grandes entreprises pour qui nous réalisons des applications métiers complètes, des ERP ou des CRM par exemple. Nous réalisons également de plus en plus d’applications web par exemple avec Bubble. Les types de projets que nous pouvons développer sont maintenant très vastes, et avec un nouvel outil Nocode par jour sur ProductHunt, inutile de vous dire que ça va continuer.

12. On ne peut pas tout faire en Nocode, en particulier des applications complexes haute disponibilité, performante et sécurisée

Si la question est de savoir si le Nocode est propice à tous les usages, bien évidemment que non ! Il ne viendrait à l’idée de personne de faire une application en Nocode pour passer des ordres de bourse par exemple. Le code sera toujours plus rapide que le Nocode (quoique, encore faut-il s’assurer que ça soit bien codé !). En revanche, en ce qui concerne la performance ou la sécurité, il existe aujourd’hui des outils Nocode dédiés aux grands comptes comme Unqork par exemple, qui ont été conçus pour ça et qui sont certifiés SOC 2 Type II. C’est également le cas depuis peu pour Notion. Faire confiance à un éditeur de logiciels payant n’est pas plus risqué que de passer par un dev ou une solution open source. L’histoire de l’informatique croule sous les cas de failles de sécurité dans ces produits, Apache en est un bon exemple pour n’en citer qu’un. Code ou Nocode, les risques et les enjeux de sécurité sont les mêmes.

13. On ne trouve aucune étude qui prouve que d’ici 2025, 80% des applications seront développées en Nocode

La réponse à cette allégation est plus complexe qu’il n’y paraît. En effet, à ce jour, aucune étude, qu’il s’agisse de Forrester ou de Gartner, ne fait la distinction entre le Nocode et le low-code, et elles ont en partie raison. Prenons le cas de Microsoft Power Apps, qui est sans doute voué à être un des poids lourds du secteur demain. C’est tout à la fois une solution Nocode et une solution low-code. Même chose pour Bubble. Plus proche de nous, Weweb est une solution qui est Nocode, mais dans laquelle il est aussi possible de coder. Idem pour Webflow. Donc vouloir faire croire que les chiffres avancés par ces instituts ne permettent pas d’affirmer que 80% des applications seront développées en Nocode ne fait aucun sens, car la plupart des outils lowcode sont aussi Nocode. Et puisque visiblement certains doutent encore de ce qui se passe actuellement, je vous propose de compléter les sources de mon premier article par ce que nous dit Forrester ici et ici.

J’espère qu’à l’issue de ce long article le malentendu aura été dissipé, et qu’il aura été l’occasion de faire découvrir le monde du Nocode si riche et si varié !

Ne perdons pas de vue que notre rôle, code ou Nocode, restera toujours de satisfaire de la meilleure manière possible un besoin logiciel. Deux chemins pour arriver au sommet de la même montagne, qui se croisent et se recroisent sans cesse, et qui ont beaucoup plus à partager qu’il ne peut y paraître. 

Et maintenant que l’on a pu faire un peu plus connaissance, cher Bluetouff, ça sera avec plaisir que je poursuivrai le débat avec toi autour d’un café ! L’histoire est remplie de confrontations qui finissent en belles amitiés. Personne ne nous oblige à finir comme Kaaris et Booba ! ;-)

Vous souhaitez en savoir plus
sur notre programme ?

Êtes-vous prêt à devenir
Nocode Maker ?

Vous avez une idée de projet ?

Ces articles pourraient vous plaire